
A l'issue d'un récital de piano de morceaux choisis de Beethoven, donné samedi soir à Ramallah, le pianiste et chef d'orchestre Daniel Barenboïm a annoncé qu'il avait reçu la nationalité palestinienne, ajoutant qu'il était honoré d'obtenir un "passeport palestinien. Il a encore prétendu que son statut lui permettrait de servir de "modèle pour l'instauration d'une paix entre les deux peuples".
Daniel Barenboïm, qui est âgé de 65 ans, est né en Argentine. Il est monté en Israël avec ses parents lorsqu'il était enfant et est donc titulaire de la nationalité israélienne. Mais il vit à l'étranger depuis de nombreuses années et ne cache pas ses sentiments pro-palestiniens, professant des idées d'extrême gauche.
Il avait suscité la controverse en Israël en juillet 2001 lorsqu'il avait joué une œuvre de Wagner, compositeur antisémite et musicien favori d'Hitler, brisant ainsi le consensus. Il avait alors été déclaré "persona non grata" par la commission culturelle de la Knesset et avait dû par la suite présenter ses excuses pour ce "faux pas". En 2005, il avait causé un nouveau scandale lorsqu'il avait refusé un entretien à une reporter de Galei Tsahal, la radio de l'armée, sous prétexte qu'elle était en uniforme.
A l'étranger, le chef d'orchestre est comblé d'honneur : l'ancien président français Jacques Chirac lui a remis, en mars 2007, la Légion d'honneur "pour son engagement pour la paix au Proche-Orient". Et en septembre dernier, l'Onu lui a décerné le titre d'émissaire de la Paix des Nations unies.
L'ancien responsable palestinien de l'information Mustafa Barghouti, qui a participé à l'organisation du concert de samedi soir, a déclaré que la remise du passeport de Barenboïm avait été approuvée par l'ancien cabinet de l'AP dont il faisait partie. Il a précisé que le document avait été délivré il y a six semaines.
Le député Yaakov Mergui, leader du groupe parlementaire du parti Shass, a réagi en déclarant que c'était une honte pour l'Etat d'Israël qu'un homme comme Barenboïm soit encore titulaire de la nationalité israélienne. Il a appelé tous les centres culturels du pays à boycotter le musicien. Il a précisé : "Alors que des roquettes tombent sur les enfants de Sdérot et que des Israéliens sont assassinés en Judée-Samarie, un citoyen israélien reçoit la nationalité d'une entité qualifiée d'hostile par les autorités israéliennes. Pour moi, il collabore avec l'ennemi".
Le ministre de l'Intérieur Meir Chetrit a indiqué qu'il n'avait pas l'intention de retirer au chef d'orchestre sa nationalité israélienne et que la question n'était même pas envisagée. D'après la loi, il est en droit de le faire uniquement si la personne concernée se rend coupable de fraude ou d'abus de confiance en émigrant et en devenant citoyenne d'un Etat ennemi.
L'Autorité palestinienne, qui n'est pas un Etat, n'entre pas dans cette catégorie. Il ne faut pas oublier, dans ce contexte, que des milliers d'Arabes israéliens ont également la nationalité palestinienne. La plupart d'entre eux ont des proches parents en Judée-Samarie et certains sont des Palestiniens qui ont quitté leur lieu de résidence pour vivre à l'intérieur de la Ligne verte, grâce aux membres de leur famille titulaires de la citoyenneté israélienne.