Les Juifs antisionistes comme Michèle Sibony voient, horrifiés, Israël abandonner le statut de victime de la shoah. Sans doute est-il plus confortable d'être perçu par l'opinion publique comme une victime que comme un soldat. Mais il y a plus : le malaise des juifs antisionistes débouche sur un étrange paradoxe : la victoire militaire des Israéliens leur ferait courir un plus grand danger que la victoire : un danger identitaire. Il faut rester innocent, irréprochable, pour que le génocide ne recommence pas (11,12). Ainsi les Juifs antisionistes ont vécu comme une catastrophe la guerre des six jours et l'occupation israélienne de territoires. Eux qui se veulent les vestales de l'innocence des victimes, refusent qu'Israël soit en guerre, même si la guerre lui est imposée, car la société juive/israélienne n'est alors plus irréprochable. Surtout si elle est victorieuse sur le terrain.
ROYAUME UNI: « état des lieux »
- Combat 18 / Blood and Honour.
Combat 18, ancienne section "sécurité" du British National Party, était un mouvement nazi et raciste des années 90, dirigé par Paul David Sargent et Stephen Sargent. Sa référence directe aux initiales d’Adolf Hitler (A = 1 H = 8), définissait parfaitement sa ligne politique, et on lui donne la responsabilité d’un certain nombre d’action musclées et de hooliganisme. Le gouvernement britannique avait lancé une action répressive importante contre C18, principalement des raids policiers et des arrestations groupées avec le soutien du MI5, et le groupe a plus ou moins cessé de se montrer depuis. Paul David Sargent avait une vraie influence sur le groupe musical skinhead britannique Blood & Honour, qui est depuis devenu le nom d’une organisation où d’anciens membres de C18 agissent, et qui compteraient des sections dans plusieurs pays d’Europe (Suède, Belgique, Allemagne...) et du monde (Chili, Etats-Unis...). Le nombre de membres dans chacune de ces sections est probablement peu élevé, et reste plus un mouvement de soutien au groupe musical qu’un véritable réseau activiste, bien que des réunions avec des groupes politiques soient organisés par certaines sections.
- International Third Position (ITP)
L’ITP est un mouvement fondé en 1990 et issu du British National Front. L’idéologie véhiculée par Third Position est anti-communiste, anti-américaine, et antisémite. ITP apporte son soutien au "Séparatisme Racial", souhaite réimplanter les différentes races vers "leurs pays d’origine", "classifier" les juifs, les immigrants et les homosexuels, et s’oppose à la "légalisation" de l’homosexualité et de l’avortement. ITP publie la revue Final Conflict.
- Right Now !
Right Now ! est un journal créé en 1993 qui se considère comme le media non-conformiste de la "droite conservatrice" britannique. Les auteurs de Right Now ! conservent une ligne éditoriale très virulente, réclamant un "virage radical vers la droite", et traitant de manière régulière, du racisme, de la politique du Front National français et de Jean Marie Le Pen.
- Spearhead
Spearhead est la revue de John Tyndall, un ancien dirigeant du British National Party. Les articles de Spearhead, traitent pour la plupart de théories racistes, de nationalisme, de la communauté juive et de l’holocauste.
- The Scorpion
The Scorpion est une revue annuelle en vogue chez les membres du National Front britannique, fondée par Michael Walker, lui-même ancien leader du National Front et en relation avec le mouvement Third Way. Cette publication est très orientée, "métapolitique", "nouvelle droite" et révisionnisme avec des articles sur les derniers livres de Guillaume Faye, Alain de Benoist et David Irving. The Scorpion conserve une publication marginale, mais étend son champ d’action grâce à sa newsletter The Sting.
- The Third Way (TW - 3W)
Third Way est un parti nationaliste fondé dans les années 90 par des dissidents du National Front. Patrick Harrington, un des fondateursde TW, est également le directeur de la revue Ulster Nation et milite pour que l’Ulster devienne un état protestant et orangiste, indépendant de l’Irlande et du Royaume Uni. L’idéologie portée par Third Way est clairement d’extrême-droite, comme le suggèrent ses racines politiques, avec un discours plutot généraliste,acceptant les idéesdelanouvelledroite. Des membres de Third Way auraient entretenu des liens avec le mouvement Nation of Islam.
Un nouveau fonds de commerce(*)
Le thème de l’islamisation de l’Europe fait recette à l’extrême- droite. Rien d’étonnant, nous dira-t-on, de la part de partis qui font de la lutte contre l’immigration, surtout africaine, turque et maghrébine, leur fonds de commerce. Sauf que jusqu’au 11 septembre 2001, cette phobie anti-immigrés était surtout de nature culturelle et raciste et utilisait peu la peur de l’islam en tant que religion.
Désormais, ce thème est mis en avant par deux catégories de partis. Tout d’abord, des formations d’extrême-droite dites "identitaires" et qui défendent une vision de l’Europe fondée sur la blancheur de la peau et les racines chrétiennes. Ensuite, des partis situés à la charnière de la droite et de l’extrême-droite comme le Mouvement pour la France, de Philippe de Villiers; l’UDC suisse; le Parti du Progrès norvégien et surtout le Parti de la Liberté, qui est entré en fanfare au Parlement néerlandais en 2006 et dont le leader, Geert Wilders, est l’homme le plus médiatique (et le plus controversé) du pays. Ces deux familles politiques ont en commun de s’opposer, non pas à l’islamisme mais à l’islam lui-même. Elles le considèrent comme radicalement incompatible avec la vie sur le sol européen et multiplient les demandes provocatrices: Geert Wilders veut interdire la vente du Coran, qu’il compare à "Mein Kampf". Surtout, elles focalisent tellement sur l’islam qu’elles en oublient le vieux fonds antisémite de l’extrême-droite.
Alliance "avec les sionistes"(*)
Le Vlaams Belang "drague" ouvertement l’importante communauté juive d’Anvers. Le livre "La Nouvelle question juive", publié en 2007 par Guillaume Faye, ancien intellectuel organique de la Nouvelle droite française, favorable à une alliance "avec les sionistes" contre l’islamisation, remporte un certain succès. Les partis islamophobes issus de la droite conservatrice tiennent pour leur part un discours ouvertement pro-israélien qui rencontre un écho à Jérusalem: une délégation du Parti de la Liberté, dirigée par Wilders, s’y est rendue début janvier et a été reçue par le vice-premier ministre Haïm Ramon ainsi que par le dirigeant du parti Israel Betainou, Avigdor Liberman, favorable au "transfert" des Palestiniens vers la Jordanie.
Le créneau de l’anti-islamisation était occupé jusqu’ici, à l’extrême-droite, par une autre structure transnationale, "Stop à l’Islamisation de l’Europe" (SIOE), qui a organisé à Marseille, le 8 décembre 2007, une manifestation devant le Centre méditerranéen du commerce international, pour protester contre le projet de construction d’une grande mosquée dans la cité phocéenne. Moins de 100 personnes y étaient venues, qui ont pu entendre une allocution de Bruno Mégret, le président du Mouvement national républicain, parti en campagne municipale. Dirigée par un danois, Anders Gravers, qui affirme "Nous ne croyons pas en le concept de 'musulmans modérés'", SIOE manifestera pour sa part à Amsterdam, le 26 janvier, sur le thème "Trop c’est trop: arrêtons l’islamisation de la Hollande". Un des enjeux des prochains mois sera donc de voir si les deux mouvements finiront par unifier leurs démarches.
(*) Jean-Yves Camus est l'un des meilleurs spécialistes de l'extrême droite et du Front national. Chercheur associé à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).
On lit certainement des bêtises sur Arouts 7, mais ce qui est déprimant, c’est qu’on peut en lire davantage ailleurs !
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