
Ils boivent le lait de leurs chèvres, mangent les œufs de leurs poules et les fruits et légumes de leurs vergers et potagers, gardent les déchets pour les transformer en compost, et mangent le pain que confectionnent leurs filles. Voici quelques uns des aspects de la vie de la ferme « Yishouv Hadaat » située près de Shilo (Samarie). Sous la direction du Rav Mikhi Yossefi, ses habitants essaient de retrouver un style de vie hébraïque authentique, alliant travail de la terre, écologie et ressourcement spirituel selon les préceptes de la Thora.
Dans cette « ferme expérimentale » vivent actuellement 3 familles et 10 célibataires. Pour subvenir à ses besoins, la ferme organise entre autres des séminaires, ateliers et Chabbats organisés dans une ambiance h’assidique chaleureuse, pour des groupes ou individus de l’extérieur, et se fait un point d’honneur de réduire tout gaspillage au minimum. Les eaux usées sont réutilisées pour l’arrosage des jardins et tout ce qui peut être recyclé l’est systématiquement. «Le principe est que tout ce qui vient de la terre peut retourner à la terre », expression utilisée en d’autres occasions ( !), utilisée en l’occurrence par Tamar Yossefi, épouse du Rav, qui montre fièrement cinq arbres à avocats qui ont poussé grâce aux déchets organiques.
Oren, jeune marié qui a connu sa femme dans la ferme, espère un jour « pouvoir planter le blé et arriver ainsi à réaliser entièrement le cycle de la fabrication du pain ». Venu du monde laïc, Oren a redécouvert le judaïsme après avoir « bourlingué » à travers le monde et les philosophies. Avec son épouse Naama, elle aussi issue d’une famille éloignée de la tradition, ils sont revenus aux sources du Judaïsme en les alliant à une vie saine et simple, au contact de la nature. Les cours dispensés par le Rav Yossefi à l’Institut Shorashim ont subjugué Oren et Naama, qui ont découvert l’harmonie qui peut régner entre la vie dans la Thora et le contact étroit avec la nature. Dès lors, « la vie en ville prenait l’allure de quelque chose d’étouffant ».
Lorsqu’il arrive en ville, pour y rencontrer sa famille ou des amis, Oren est « pris d’un malaise » face au béton et au manque d’espaces verts, qui tranchent violemment avec l’aspect pastoral de la ferme. « Lorsque l’on se promène dans la ferme et ses alentours, on y ressent des relents de la création du monde. C’est là que la civilisation juive est née, et c’est là que les prophètes y ont puisé leur inspiration. C’est un sentiment incomparable », souligne Oren déjà bien influencé par l’écosystème local ! A Yishouv Hadaat, même la construction suit les « normes » écologiques, et le style essaie de retrouver des airs anciens et pittoresques.
La journée de l’habitant commence à l’aube. Les hommes vont prier à « Adé Ad », village voisin, étudient un moment, et retournent travailler à la ferme. Repas à 13h, préparé par les femmes et les jeunes filles, et pause jusqu’à 16h, où ils se rencontrent tous dans une grotte qui leur sert de lieu d’étude authentique. Et à 20h, après le repas du soir et la prière d’Arvit…c’est l’heure du coucher !! « Il n’y pas ici toutes les tentations de loisirs de la ville !» ironise Oren.
Les femmes de la ferme s’occupent des travaux ménagers, mais aussi d’agriculture ou de la fabrication du pain. Le Rav Yossefi, lorsqu’il se trouve sur place, retrousse lui aussi ses manches et…met la main à la pâte.
Mais cependant - comment pourrait-il en être autrement – on trouve Internet chez Oren et Naama, et pas seulement parce que Naama est secrétaire de la ferme. « Notre but n’est pas de vivre coupés du monde. Il faut que l’extérieur puisse être en contact avec nous par l’intermédiaire du site que nous sommes en train de monter » précise Oren.
Cette ferme ne serait pas ce qu’elle est sans l’influence et la personnalité du Rav Mikhi Yossefi, utopiste autant que réalisateur, animateur de la « Maison juive » en Inde depuis 11 ans, et qui a voulu ce nom de « Yishouv Hadaat », qui en hébreu prend deux signification : au sens propre, localité de Daat, mais au sens figuré « rassénérer l’esprit », qui est le but de cette entreprise originale et réussie.
« J’ai voulu en endroit où les individus fatigués physiquement et spirituellement puissent passer un certain temps ici, retrouver leurs forces intérieures, et se relier à leur peuple, à leur terre et à leur Dieu »
« Et notre réussite » précise-t-il avec fierté « est que les participants à nos séminaires proviennent de tous les milieux de la société ».
« Ici, on sent la présence de D-ieu dans chaque chose », conclut ce médecin des d’âmes.
Un p’tit coin d’paradis, là-bas en Samarie….