
Un invité de marque a pris la parole hier dimanche, lors d’un colloque des producteurs de cinéma et télévision israéliens à Hertzlia, en la personne du cinéaste français Claude Lelouch. L’auteur d’Un homme et une femme est en Israël pour présenter son dernier long-métrage : Roman de Gare.
Une centaine d’amoureux du septième art ont certainement été déçus de ne pouvoir assister à l’avant-première du dernier film de Claude Lelouch : Roman de Gare, à la Cinémathèque de Tel Aviv. La traduction du titre de ce film en hébreu : Hitstalvout, c’est-à-dire croisement, a quelque chose de magique tant il correspond tout à fait au style même du cinéma de Lelouch, ponctué d’incessants allers et retours et de croisements entre divers personnages. Pour une fois, traduction ne rimera pas avec trahison, bien au contraire. Bravo au traducteur israélien !
Claude Lelouch aura de quoi être satisfait de son voyage en Terre Sainte puisque l’accueil qui lui a été rendu a été, à chaque fois, des plus chaleureux.
"Je suis un homme gâté", a-t-il notamment déclaré, probablement en référence à son très beau film sorti il y a près de 20 ans : "Itinéraire d’un enfant gâté" (1988), dont la jolie musique de Francis Lai rythmait le récit de Sam Lion, cet ancien artiste de cirque qui voit sa carrière brisée à cause d’une chute et qui parvient au-delà même de toute espérance, à réussir dans une entreprise de nettoyage des grandes villes. On se souvient surtout des magnifiques scènes entre Jean Paul Belmondo et Richard Anconina.
"Depuis plus de 50 ans que je m’occupe de cinéma, j’ai réalisé 41 films. Chaque tournage est toujours comme une première fois pour moi, et avec l’âge, c’est un peu aussi comme si c’était la dernière. Cela m’aide à garder cet enthousiasme, comme à mes débuts. Je prends de plus en plus de plaisir à la tâche, et si les dieux du cinéma me permettent de réaliser encore un film, je vous promets que je viendrai également vous le présenter".
Claude Lelouch est notamment revenu sur les sources d’inspiration de ses œuvres : "Tous les films que j’ai réalisés, leur source provient d’histoires réelles. Je n’ai pas assez d’imagination pour les inventer. Je suis toujours fasciné par le théâtre de la vie et si demain je vois une femme abandonnée sur la route, au milieu de la nuit, cela m’intriguera. Je vais l’observer, la suivre, c’est comme de la nourriture pour moi. Toute ma vie, de tels matériaux ont nourri ma création. Si je suis assis chez moi à boire un café et que j’entends une conversation intéressante, je ne me lèverai pas et je resterai écouter. Si un accident survient sur la route, je sortirai de ma voiture. Tout cela constitue une création extraordinaire qu’il s’agit simplement de mettre en images. Je suis une éponge et tout m’intéresse. Toute ma vie est ainsi. Il y a dans cette salle environ 400 personnes qui peuvent toutes créer des scénarii extraordinaires. Je suis un petit metteur en scène devant le grand metteur en scène de la vie. Je mets en scène, dans chacun de mes films, à peu près 3 ou 4 personnages principaux quand Lui en dirige plus de 6 milliards. Il parvient même à convaincre chacun d’eux qu’il est l’acteur principal, et que tous les autres ne sont que des statistiques !".
La belle musique du cinéma de Lelouch aura enchanté le public israélien. Ce n’est pas tous les jours qu’un grand cinéaste se rend en Israël. Ou du moins pas assez souvent pour un pays amoureux fou du cinéma.