La petite ville de Meron, nichée dans les vertes collines de Haute Galilée, à quelques kilomètres de Safed, attend comme chaque année son flot de pèlerins venant à l'occasion de Lag Baomer se recueillir sur les nombreuses tombes de Sages d'Israël. Pendant 24 heures, ces lieux vont être les témoins de prières ferventes, chants extatiques et danses endiablées. Le soir de Lag Baomer (jeudi soir prochain) correspond au jour anniversaire de la mort de Rabbi Shim'on Bar Yohaï, Sage du 2e siècle et auteur du Zohar, livre central de la Kabbale.
Les festivités de Lag Baomer à Meron sont devenues le symbole de l'unité d'Israël, car s'y retrouvent le temps d'une journée, séfarades comme ashkenazes, religieux comme laïcs, h'assidim dans toutes leurs diversités, et "lituaniens", kippot noires, crochetées, boukharites et autres Streimels....C'est ce jour aussi, où lors d'une cérémonie joyeuse, les Hassidim effectuent la première coupe de cheveux à leurs garçons ayant atteint l'âge de trois ans.
Selon Shmouel Berkovitch, juriste à Jérusalem, et expert en Lieux Saints, "Meron est le site religieux le plus visité en Israël après le Kotel" (Mur occidental). Mais pour Yossef Schwinger, Directeur national des Lieux Saints, "Meron ne jouit pas du soin qu'il mérite de la part de l'État". Effectivement, les infrastructures locales sont vétustes et ne sont plus du tout adaptées pour le demi-million de personnes qui sont attendues chaque année. "Le bâtiment même à l'intérieur duquel se trouve la tombe de Rabbi Shimon, est menacé d'effondrement", avertit Schwinger.
Et cela est d'autant plus incompréhensible que pour une fois, il ne s'agit pas d'un problème de crédits! En 1999, le banquier et mécène genevois Edmond Safra, z.l. avait chargé la fondation qui porte son nom de s'occuper de la restauration de la tombe et des bâtiments qui l'entourent, avec un budget de plusieurs millions de dollars. Que se passe-t-il alors? Selon Yaïr Taranageim, le représentant en Israël de la Fondation Safra, "ce sont les tensions entre les différentes associations qui œuvrent sur place qui paralysent pour l'heure la libération des fonds et les travaux."
Hélas, en effet, si l'unité et la ferveur sont de mise chez les myriades de visiteurs, il n'en est pas ainsi pour les deux fondations, l'une ashkénaze l'autre séfarade, qui se disputent la propriété et la gestion des lieux, par tribunaux civils et religieux interposés. Pour Shmouel Berkovitch, "il s'agit d'une question de pur prestige, vu l'importance symbolique du lieu et le nombre impressionnant de visiteurs". Shlomo Shalvash, Président du Comité Séfarade, "les Ashkenazim n'ont rien à voir avec ce lieu", alors que pour Ben-Zion Guberstadt, son "alter-ego" ashkénaze, "tout appartient au Comité ashkénaze"...Les premiers se disent "prêts à entreprendre tous les travaux de réfection grâce à la donation de la Fondation Safra", pendant que les autres affirment ne pas avoir besoin de cet argent, "puisqu'ils bénéficient d'une somme de 25 millions de dollars de la part d'un généreux Juif anglais"!
Ainsi les deux fondations se disputent l'entretien de ce lieu hautement spirituel, mais chacun accusant l'autre d'être "motivé davantage par des considérations vénales que par la sainteté du lieu".
Certains souhaitent que ce soit le gouvernement qui prenne le contrôle de ce lieu qui fait désormais partie du patrimoine national. Pour le Rav Shraga Schnitzer, président du Fonds de Charité "Ohel Rashbi-Meron", "la solution réside dans les décisions des grands Sages de notre génération. Les Ashkénazes et les Séfarades doivent s'asseoir avec les plus hautes autorités rabbiniques du pays, qui leur diront ce qu'il faut faire ou ne pas faire."
Décidément, dix-neuf siècles après sa mort, Rabbi Shimon Bar Yohäi suscite toujours autant d'intérêt(s)...